Ce texte est tiré de l’allocution du maire lors du dernier conseil municipal, le mardi 5 octobre 2021

Bonsoir à vous toutes et à vous tous, citoyennes et citoyens de Gatineau.

Parce que nous habitons un même territoire, parce que nous voulons le voir prospérer, parce que nous avons des aspirations personnelles ou collectives, nous, les citoyennes et les citoyens d’une communauté, d’une cité, d’une nation, devons faire des choix. Toutefois, nous avons, pas toujours mais très souvent, des convictions, des valeurs, des visions d’avenir qui s’opposent. Nous exprimons nos opinions avec passion, avec force, parfois même avec colère. La politique sert à prendre ces désaccords, à encadrer ces passions et à les faire passer par un processus politique parfois complexe plutôt que de les voir se régler par la violence. Ce processus politique, c’est la démocratie.

Au cœur de cet exercice difficile, il y a les élus, les représentants de la communauté.

Notre charge est donc lourde, mais essentielle.

Essentielle parce que l’épanouissent des communautés passe par des gens qui pensent à l’avenir collectif, font fructifier les ressources collectives et les attribuent le plus sagement possible. Le fondement même de l’engagement politique véritable, donc notre responsabilité première, est de choisir de parler au « nous », de défendre une certaine conception du « nous ».

C’est ce que les élus devant vous ce soir ont fait pendant 4, 8 ou, dans mon cas, 12 ans. Je tiens à remercier chacun des membres du conseil pour son engagement envers notre ville.

J’ai grandi dans un Buckingham et dans un Outaouais pas tellement fiers de ce qu’ils étaient. Nous étions, comme région, à la fois à l’ombre d’Ottawa et trop souvent oubliés par le gouvernement du Québec. Cette situation a beaucoup changé, autant par rapport à notre capacité de prendre une place qui nous est propre que par rapport à l’attitude du gouvernement du Québec envers nous. J’ai la conviction que ce conseil a aidé notre ville à tourner la page sur ce qui était parfois du manque d’ambition. J’ai voulu que notre ville soit grande, non pas seulement par sa taille, mais d’abord et avant tout par ses actes. J’espère que, dorénavant, Gatineau continuera à se définir comme la métropole de l’ouest du Québec, une métropole qui mérite le respect. Notre ville n’est plus ce qu’elle était, elle est plus belle, plus verte, plus solidaire, plus moderne, plus connue, plus fière d’elle-même, et nous y sommes toutes et tous pour quelque chose.

L’aventure collective gatinoise, le « nous » gatinois, a débuté par une vie rude dans un climat hostile marqué par le dur hiver québécois, des rivières sauvages, une nature à dompter et, trop souvent, par l’exploitation des uns par les autres.

Algonquins, nous avons sillonné Gatineau pendant des millénaires, survécu au choc des civilisations, transmis notre culture.

Bûcherons, cageux, allumettières, nous avons développé notre territoire à force de bras et de courage.

Artistes, gens d’affaires, intellectuels, nous avons construit une ville riche.

Militantes et militants sociaux et syndicaux, nous avons construit une ville juste.

Fonctionnaires, grâce à notre matière grise, nous avons contribué à construire l’État québécois et l’État canadien.

Nous autres Gatinois, sommes aujourd’hui plus riches et plus instruits que la moyenne québécoise, et nous sommes aussi capables d’être accueillants, généreux, courageux dans la tempête.

Grâce aux efforts de plusieurs générations, cette aventure collective se continue aujourd’hui dans des foyers qui jouissent d’une des plus belles qualités de vie au monde. Il reste évidemment beaucoup de travail à faire, il y a encore des injustices à combattre, mais nous pouvons être fiers de notre histoire et de ce que nous sommes devenus aujourd’hui.

Nos fonctionnaires municipaux, et j’inclus les employés de mon cabinet, sont les produits de notre histoire. L’efficacité, l’engagement, le dévouement dont ils ont fait preuve, durant les quatre crises que nous avons traversées en quatre ans, forcent l’admiration. J’aurais aimé, avant de partir, pouvoir leur serrer la main un à un, une à une. Ce sont des braves.

Nous, les femmes et les hommes qui avons formé le conseil municipal 2017-2021 avons écrit une nouvelle page de cette grande histoire. Nous laisserons bientôt la place à un autre conseil qui écrira la sienne, et fera, lui aussi, avancer Gatineau.

Je souhaite de tout cœur que les citoyennes et les citoyens soient nombreux à faire entendre leur voix le 7 novembre prochain. En effet, il incombe à chacun de faire vivre cette extraordinaire invention appelée démocratie.

Je porte ce soir la même cravate qu’à ma première assermentation. Elle a appartenu à un ami de ma famille, un ami qui nous a quittés trop tôt. Il s’appelait Philippe Kanonko. Ancien ambassadeur du Burundi au Canada, il représente pour moi la quintessence de l’homme d’État. Un homme capable, dans les environnements les plus difficiles, de s’élever au-dessus de ses intérêts personnels, au-dessus de la facilité, pour prendre des décisions dans l’intérêt commun. J’ai toujours eu sa photo dans mon bureau de maire; j’ai voulu qu’il m’accompagne durant toutes ces années. J’espère avoir été à la hauteur de son souvenir.

À tous les Gatinois, à toutes les Gatinoises, merci encore, merci du fond du cœur, de nous avoir permis de vous représenter. Vous nous avez fait un grand honneur.

 

Merci, et au revoir.