En pleine nuit, il y a une dizaine de jours, le gouvernement a sorti un lapin de son chapeau et a décidé de profiter de son projet de loi sur les commissions scolaires pour forcer les villes à payer pour les terrains des écoles. Au-delà de la façon de faire, c’est une mauvaise décision qui va empirer une situation déjà complexe.

Le problème de fond est très simple : quand le ministère de l’Éducation accorde du financement pour construire une nouvelle école, c’est comme si elle flottait dans les airs, parce qu’il ne finance pas l’achat du terrain. Jusqu’ici, les commissions scolaires devaient se débrouiller à la pièce en grattant les fonds de tiroirs, en s’entendant avec les villes pour acheter et construire sur des terrains destinés à être des parcs (donc à valeur marchande beaucoup moins grande), en procédant à des échanges de services, etc.

Les villes pouvaient choisir de donner des terrains, mais dans les grandes villes très peu l’ont fait, d’abord parce que ce n’est pas leur responsabilité, parce que les terrains inutilisés sont rares, et sont chers! Les ressources dans les villes sont déjà insuffisantes pour entretenir toutes les infrastructures dont nous sommes responsables, en vertu de quel principe faudrait-il en plus nous forcer à subventionner le ministère de l’Éducation? On ne parle pas de petits montants, ça se compte en centaine de millions de dollars à la grandeur du Québec : un fardeau immense. Si nous l’acceptons pour les écoles, serons-nous forcés de le faire pour les CPE, les cégeps, les universités, les hôpitaux, les bureaux de la SAAQ et quoi encore?

C’est vrai que la planification des écoles a toujours été compliquée, et pour en avoir parlé à tous les maires des grandes villes du Québec, je peux vous dire que beaucoup de choses ont changé dans les dernières années. À Gatineau, notre nouveau schéma d’aménagement nous permettra de déterminer à l’avance les terrains pour les écoles (et l’ensemble des autres services nécessaires à une nouvelle communauté); nous rendons nos données démographiques accessibles aux autorités scolaires; les liens de coordinations sont beaucoup plus établis… Mais le problème de fond demeure : tant que Québec ne paiera pas pour ses terrains, le problème va persister. Et la mécanique dysfonctionnelle imposée par la loi risque plutôt d’empirer les choses, en encourageant la spéculation et en permettant à des fonctionnaires, à Québec, de décider à notre place des questions d’aménagement de territoire et d’endettement des villes. C’est une autoroute vers l’échec.

Le ministre affirme que les écoles sont bonnes pour nos villes et qu’elles génèrent de nouveaux revenus. Il est loin de la réalité. Quand de nouveaux résidents s’installent, nous avons de nouvelles dépenses : la taxe foncière ne suffit plus depuis des décennies à répondre à leurs besoins. Si nos infrastructures sont aussi délabrées, c’est que la taxe foncière résidentielle, qui était conçue pour des services à la propriété, ne suffit plus pour payer également pour les loisirs, les sports, la culture, le développement économique… et maintenant l’éducation? Si le gouvernement Legault nous a récemment cédé une partie de la TVQ, c’est parce que la fiscalité municipale ne fonctionne plus.

Il y a près de huit milliards de dollars de surplus à Québec. Pourquoi forcer les villes à subventionner le ministère de l’Éducation?

Pourquoi les villes devraient financer le ministère de l'éducation?

Pourquoi les villes devraient financer le ministère de l'éducation?Le conseil municipal a adopté hier soir une résolution pour demander au gouvernement de revenir sur sa décision, et s'asseoir avec les villes pour trouver des pistes de solution. Voici quelques détails sur le problème et notre position 👇

Posted by Maxime Pedneaud-Jobin on Wednesday, February 19, 2020