Mardi dernier, en début de conseil municipal, j’ai lu la lettre ouverte que j’ai fait parvenir aux élus et aux élues de l’Assemblée nationale. Nous vivons aujourd’hui les conséquences de décennies de négligence en matière d’investissement dans notre système de santé. L’objectif de ma démarche n’est pas de trouver des coupables, mais de rappeler à tous les élus et toutes les élues qu’il est urgent de régler cette grave situation. Voici la lettre :

Le 17 novembre 2020

Objet : Gatineau et la zone rouge

Aux élu(e)s de l’Assemblée nationale,

La ville de Gatineau et une partie de l’Outaouais sont en zone rouge depuis quelques semaines. Je ne conteste pas cette décision, mais je tiens à ce que tout le Québec sache pourquoi nous en sommes là. Depuis le début de cette crise, le taux de cas actifs en Outaouais est non seulement le plus bas de toutes les zones rouges du Québec, mais il a même régulièrement été plus bas que certaines des régions en zones orange. Il est clair que du seul point de vue de la santé publique, nous devrions être en zone orange, même orange pâle. Comme dans la première vague, l’Outaouais est un bon élève. Nous obtenons de bons résultats, c’est-à-dire peu de cas. Nous sommes disciplinés. Nous faisons attention. Alors qu’est-ce qui cloche?

Ce qui cloche, c’est la fragilité de notre réseau de la santé, l’autre critère pour déterminer les zones, celui dont on parle peu. Les directions de la santé publique en Outaouais et au national sont très claires : si ce n’était de la faiblesse du réseau de la santé en Outaouais, du nombre de lits disponibles, du nombre d’infirmières disponibles, du nombre de médecins disponibles, nous serions en zone orange. Nous sommes, encore aujourd’hui, victimes de décennies de négligence en matière d’investissement en santé.  Et ça fait mal. Présentement, notre réseau est « en délestage », c’est-à-dire que des opérations, des soins, des traitements n’ont pas lieu pour faire de la place pour des patients COVID. Si nous étions dans une autre région, dans une région normale, notre nombre de patients COVID ne justifierait pas ce délestage. Des centaines de personnes auraient été soignées, opérées, examinées, rassurées. Si ce n’était de cette injustice, nous pourrions, avec prudence, nous retrouver dans un restaurant pour un café et briser l’isolement qui nous pèse. Nos aînés souffriraient moins. Nous perdrions moins d’emplois, car l’essentiel de nos pertes se fait dans des domaines qui seraient ouverts en zone orange. J’imagine que vous comprenez notre colère.

Le Québec dépense encore aujourd’hui 110 millions par année dans les hôpitaux d’Ottawa parce que des services essentiels ne sont pas disponibles chez nous. Cette honte doit cesser et la crise actuelle en démontre, encore et encore, toute l’urgence pour la population de Gatineau et de l’Outaouais. Le gouvernement du Québec exige que le gouvernement fédéral augmente ses investissements en santé. S’il le fait, et je crois qu’il doit le faire, il sera incontournable de profiter de l’occasion pour faire le rattrapage nécessaire en santé en Outaouais.

Avec la CAQ, pour la première fois, un gouvernement à Québec a reconnu officiellement, par une résolution unanime de l’Assemblée nationale, notre retard en santé et il s’y attaque, notamment avec l’annonce de la construction d’un nouvel hôpital.  Je n’écris donc pas pour dénoncer le gouvernement actuel, non, il est sur la bonne voie. J’écris d’abord et avant tout pour inscrire dans l’esprit et dans la mémoire de tous les élus de Québec à quel point l’Outaouais vit une injustice grave, aux conséquences humaines et économiques importantes, ainsi que l’urgence de la corriger rapidement.

Veuillez recevoir, Messieurs, Mesdames, l’expression de mes salutations distinguées,

Le maire de Gatineau,

Maxime Pedneaud-Jobin